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ECRIVAINS ET POETES DANS L'ARC JURASSIEN... 


  • Senancour

Drôle de destin que celui d'Etienne-Jean-Baptiste-Pierre-Ignace Pivert de Senancour (excusez du peu !)

Il est né le 16 novembre 1770 à Paris; enfance triste marquée par le jansénisme en vogue dans la bourgeoisie du XVIIIe siècle.

Son père le destine au séminaire de Saint-Sulpice alors qu'il s'est nourri toute son adolescence de Voltaire et de Rousseau. Que faire?... Une seule solution: la fuite; le 14 août 1789, il s'enfuit en Suisse. Mais voilà... la Révolution le considère comme un émigré et commencent alors pour lui 10 années d'errance et de misère.

Pour nous, c'est le bonheur car de ces années, Senancour tire un roman épistolaire, Oberman, dans lequel il raconte son expérience, sa désillusion, son désespoir au fil de ses pérégrinations. Cela nous donne de très belles descriptions de paysages sur lesquelles il importe de s'arrêter...

 De Thiel.

J'allais à Vevay par Morat, et je ne croyais pas m'arrêter ici: mais hier j'ai été frappé, à mon réveil, du plus beau spectacle que l'aurore puisse produire dans une contrée dont la beauté réelle est pourtant plus riante que sublime. Cela m'a entraîné à passer ici quelques jours.

Ma fenêtre était restée ouverte la nuit, selon mon usage. Vers les quatre heures, je fus éveillé par l'éclat du jour et par l'odeur des foins que l'on avait coupés pendant la fraîcheur, à la lumière de la lune. Je m'attendais à une vue ordinaire; mais j'eus un instant d'étonnement. Les pluies du solstice avaient conservé l'abondance des eaux accrues précédemment par la fonte des neiges du Jura. L'espace entre le lac et la Thièle était inondé presque entièrement; les parties les plus élevées formaient des pâturages isolés au milieu de ces plaines d'eau sillonnées par le vent frais du matin. On apercevait les vagues du lac que le vent poussait au loin sur la rive demi-submergée. Des chèvres, des vaches, et leur conducteur, qui tirait de son cornet des sons agrestes, passaient en ce moment sur une langue de terre restée à sec entre la plaine inondée et la Thièle. Des pierres placées aux endroits les plus difficiles, soutenaient, ou continuaient cette sorte de chaussée naturelle: on ne distinguait point le pâturage que ces dociles animaux devaient atteindre: et, à voir leur démarche lente et mal assurée, on eût dit qu'ils allaient s'avancer et se perdre dans le lac. Les hauteurs d'Anet, et les bois épais du Julemont, sortaient du sein des eaux comme une île encore sauvage et inhabitée. La chaîne montueuse du Vuilly bordait le lac à l'horizon. Vers le sud, l'étendue s'en prolongeait derrière les coteaux de Montmirail; et par-delà tous ces objets, soixante lieues de glaces séculaires imposaient à toute la contrée la majesté inimitable de ces traits hardis de la nature, qui font les lieux sublimes.

Je dînai avec le receveur du péage. Sa manière ne me déplut pas. C'est un homme plus occupé de fumer et de boire, que de haïr, de projeter, de s'affliger. Il me semble que j'aimerais assez dans les autres ces habitudes que je ne prendrai point. Elles font échapper à l'ennui; elles remplissent les heures sans que l'on ait l'inquiétude de les remplir: elles dispensent un homme de beaucoup de choses plus mauvaises, et mettent du moins à la place de ce calme du bonheur qu'on ne voit sur aucun front, celui d'une distraction suffisante qui concilie tout, et ne nuit qu'aux acquisitions de l'esprit. 

Le soir je pris la clef pour rentrer dans la nuit, et n'être point assujetti à l'heure. La lune n'était pas levée, je me promenais le long des eaux vertes de la Thièle. Mais me sentant disposé à rêver longtemps, et trouvant dans la chaleur de la nuit la facilité de la passer tout entière au dehors, je pris la route de Saint-Blaise: je la quittai à un petit village nommé Marin, qui a le lac au sud; je descendis une pente escarpée, et je me plaçai sur le sable où venaient expirer les vagues. L'air était calme, on n'apercevait aucune voile sur le lac. Tous reposaient, les uns dans l'oubli des travaux, les autres dans celui des douleurs. La lune parut: je restai longtemps. Vers le matin, elle répandait sur les terres et sur les eaux l'ineffable mélancolie de ses dernières lueurs. La nature paraît bien grande à l'homme, lorsque, dans un long recueillement, il entend le roulement des ondes sur la rive solitaire, dans le calme d'une nuit encore ardente et éclairée par la lune qui finit.

Oberman, lettre IV, 1804.

  •  Jean-Jacques Rousseau

     Est-il besoin de présenter le plus français des écrivains suisses ou le plus suisse des écrivains français ? Passionné de botanique et de voyages à pied, Rousseau nous a laissé quelques pages immortelles sur sa Suisse natale. Dans la septième promenade des Rêveries du promeneur solitaire, Rousseau se souvient d'une excursion sur la montagne de Chasseron :

Il n'y que la Suisse au monde qui présente ce mélange de la nature sauvage et de l'industrie humaine. La Suisse entière n'est pour ainsi dire qu'une grande ville dont les rues, larges et longues plus que celle de Saint-Antoine, sont semées de forêts, coupées de montagnes, et dont les maisons éparses et isolées ne communiquent entre elles que par des jardins anglais. Je me rappelai à ce sujet une autre herborisation que du Peyrou, d'Escherny, le colonel Pury, le justicier Clerc et moi avions faite il y avait quelque temps sur la montagne de Chasseron, du sommet de laquelle on découvre sept lacs. On nous dit qu'il n'y avait qu'une seule maison sur cette montagne, et nous n'eussions sûrement pas deviné la profession de celui qui l'habitait si l'on n'eût ajouté que c'était un libraire, et qui même faisait fort bien ses affaires dans le pays. Il me semble qu'un seul fait de cette espèce fait mieux connaître la Suisse que toutes les descriptions des voyageurs.  

 

 

 

 

 

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