Milieux, Êtres et Territoire de l’Arc JURAssien.
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Gabriële

Anne et Claire Berest, Stock, 2017.
Gabriëlle n’est peut-être pas le livre qui m’a le plus marqué cette année où la lecture fut une activité essentielle, mais il m’a procuré plaisir et stimulation. Biographie à peine romancée de Gabriële Buffet, femme de Picabia, on croise dans cet ouvrage l’essentiel du monde artistique et littéraire de la période 1905-1918. Une partie de la famille de Gabriële était originaire d’Étival où l’on peut voir sa belle maison encore dans son jus. C’est là qu’à l’automne 1912, trois créateurs hauts en couleur, trois amis, Francis Picabia, Guillaume Apollinaire et Marcel Duchamp débarquèrent pour passer plusieurs semaines en compagnie de Gabriële. Intellectuellement très séduisante, cultivée et émancipée, cette dernière, elle-même musicienne, s’y entendait à merveille pour stimuler son époux et, si l’on en croit l’ouvrage, elle l’aida fortement à dépasser la peinture impressionniste qu’il pratiquait alors pour aborder le cubisme, puis la peinture abstraire en passant par dada.
C’est bien écrit à deux mains (deux soeurs arrière-petites-filles de Gabriële), dynamique et bourré de références.

 

Bernard Leroy

 

 

Effondrement

Jared Diamond (2005), édit. Gallimard "essais folio », 865 p., Traduit de l’américain en 2007.

Ce bouquin fait partie de la trentaine, isolés dans un coin de ma bibliothèque, que je dois lire avant de mourir.
J’en fait l’un des impératifs pour entrer au paradis… Le premier confinement me l’a permis.
 
De quoi s’git-il ? C’est une revue historique des civilisations qui se sont effondrées :
Anasazis (indiens d’Am. du Nord), Civilisations précolombiennes (Mayas, Aztèques, Incas), Empire du Mali...
et une tentative d’explication des causes de leur effondrement.
Conclusion - réflexions de l’Auteur :
- Aucun cas n’est attribuable aux seuls dommages écologiques.
- Diverses raisons des effondrements (parfois combinées) : 
crise sociétale, changement climatique, présence de voisins (ou arrivée de conquérants) hostiles, trop grande dépendance avec des partenaires commerciaux…
- L’arrivée d’émigrés en grand nombre n’est jamais cause d’effondrement. 
Au contraire, la « fermeture » de la société semble être une raison de déclin.
Regrets : 
- rien sur les civilisations européennes. Par exemple les Romains ; mais il est vrai, largement traitée par ailleurs.
- des illustrations (cartes) déplorables. 
 
À bientôt… ?
Michel Campy

Effondrement

 

Michel Clerc

 

Série des étoiles

Je propose comme lecture une saga de famille écrite par le jurassien Michel CLERC :
1.- Le fils des étoiles (2013)
2.- Arômes d’étoile (2015)
3.- Etoiles pourpres (2016).
 Editions Mon Village
Enseignant, issu d’une famille de vignerons, porté par la passion de la vigne, il a lui-même cultivé une vigne venant du domaine familial ; une manière de garder le lien familial et de prouver (d’éprouver) les compétences visibles et non visibles qu’il faut développer pour aboutir à la récompense finale : obtenir un produit de qualité, fierté du vigneron accompli.
 Le fil conducteur de ces trois romans campe une épopée familiale se déroulant sur plusieurs générations. On retrouve avec délice son attachement au Jura, au terroir viticole, aux valeurs de la famille et au travail bien fait.  
La Presse ne s’y est pas trompée. Voilà ce que l’on peut lire aux détours d’articles parus le 27 janvier 2019 :
 
 

Cet ancien Chef de Travaux du Lycée Duhamel de Dole, qui se définit comme « un gourmand de mots » est un passionné : L’Homme est bavard et parle volontiers de la Nature du Jura, du métier de vigneron qu’il a exercé pendant dix ans sur l’exploitation de ses parents à Mantry. Autant d’éléments qui nourrissent son inspiration.

« Je crois dans le pouvoir régénérateur de la Terre quand on la travaille », commente Michel CLERC.

  • Lire ses histoires, c’est s’embarquer dans le monde viticole et vivre la nature presque aussi sûrement que si l’on suivait un documentaire.
  • La qualité de l’écriture de ses ouvrages a été confirmée le 20 février 2020 par le Prix MICHEL VERNUS qui lui a été décerné. : belle référence quand on connaît la notoriété historique, littéraire, picturale du Professeur Honoraire de l’Université de Besançon et que nous comptons avec fierté dans note association META-JURA.
  •  Je recommande chaleureusement la lecture de ces trois romans qui garantissent de belles émotions visuelles, olfactives, gustatives et humanistes.
  •  Un petit regret : ces romans ne sont pas édités chez META-JURA mais c’est un moindre mal (pour François) ; ils le sont sous les presses de l’imprimerie de Sainte-Croix (VD, Suisse).

Claude CAMUS

 

 

 

Nouvelles

Anton Tchekhov, l'un des plus grands auteurs du XIXe siècle, dans la collection "La Pochothèque" du Livre de poche.

Chacune de ces nouvelles évoque des scènes, parfois de véritables aventures issues de la vie quotidienne d'habitants de la Russie profonde. Des personnages ahurissants sont évoqués. C'est le descriptif précis et sans affectation du médecin qu'était Tchékov, observant les moeurs de son époque, partageant parfois avec ses personnages une forme d'auto-dérision. On rit, on sourit souvent, on peut pleurer aussi, on découvre un monde largement inconnu, perdu dans l'immensité des steppes.
Que ce soit les paysans, les bourgeois ou les aristocrates, tous sont décrits dans leurs travers, leur grandeur, leurs doutes ou leur faiblesse. C'est plein de fraicheur.
Quelques éléments reviennent souvent, quasiment inévitables dans la vie des russes de l'époque : la vodka (et ses ravages), la religion, assortie de toutes sortes de superstitions, et le froid glacial de l'hiver.
Dans ses récits Tchékov se montre à la fois farceur, psychologue, plein d'une grande compassion. De grandes qualités humaines servies par un immense talent littéraire.
Personnellement, j'avais un souvenir plutôt ennuyeux de Tchékov, et j'ai découvert un tout autre écrivain dans ce livre, foisonnant de vie .

Hélène Lacroix

  

Le Supercontinent, une histoire naturelle de l'Europe

Tim Flannery, éd. Flammarion, 414 p.
 
Drôle de bouquin ; passionnant !
Une vision de l’Europe (par un Australien) comme carrefour des évolutions humaines, animales, végétales, minérales.
L’Europe terre de métissage (mais oui madame…) aux lieux emblématiques comme dans ce village crétois où en 2002 on découvre dans des roches des traces de pas de grands singes bipèdes datées d’environ 2 millions d’années, bien avant Homo erectus.
C'est l’histoire au temps long de - 100 millions d’années à nos jours. L’Europe, sa flore, sa faune sans oublier nos lointains cousins humains.
En conclusion de sa préface Ronan Allain nous interpelle :
« Il ne fait aucun doute que, comme elles le font depuis des centaines de millions d’années, la faune et la flore s’adapteront à [de] nouvelles conditions climatiques. Si certaines espèces vont disparaître, d’autres prendons leur essor dès lors que de nouveaus territoires s’ouvriront. L’avenir de l’humanité, lui, est beaucoup plus incertain tant que nous refuserons de considérer la vérité en face. À force de se croire au dessus des lois naturelles l’homme sera sans doute l’espèce la plus touchée par les changement climatiques à venir et qu’il a lui même induits. »
Tim Flannery a découvert une trentaine d’espèces de mammifères. Paléontologue et ardent défenseur de la planète, il a notamment publié Les faiseurs de pluie (Points Sciences, 2008), traduit dans une vingtaine de langues. Préface de Ronan Allain, paléontologue au Muséum national d’histoire naturelle et auteur d’une Histoire des dinosaures (Flammarion, 2015).
Alain Tournier

 

  

 

 

 

 

         

Sois belle /Sois fort

·       Nancy Huston, éditions Parole, collection main de femme

     Une brève analyse de la double injonction adressée aux jeunes filles et aux jeunes gens d’aujourd’hui, souvent pour leur malaise et parfois pour leur malheur. Une réflexion critique sur les nouveaux a priori imposés par les théories du genre.

     Par une romancière et essayiste franco-americano-canadienne. Un petit volume esthétiquement édité.

      René Lacroix

Scènes de la vie intellectuelle en France

     André Perrin,  Editions chez L’Artilleur

    L’ouvrage d’un philosophe qui se présente comme « un libéral à l’ancienne », rédigé dans une langue classique, limpide, pleine de finesse et d’esprit. Il rassemble une série de textes visant à retrouver « l’art perdu du débat », souvent étouffé dans le fracas des polémiques médiatiques contemporaines. Abordant hardiment les sujets les plus brûlants des dernières années : race et racisme, violence et religion, explication et excuse, égalité ou inégalité des civilisations etc,  il démonte avec rigueur et acuité les procédés qui ont souvent dénaturé et parfois empêché la réflexion sur ces questions essentielles.

     René Lacroix

 

 

Changer l'eau des fleurs

Valérie Perrin, Livre de poche, 2018

Un livre de poche au titre presque énigmatique.

Un personnage central, Violette Toussaint, garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Sa loge accueille autour d'un café la petite équipe qui travaille pour le cimetière : les fossoyeurs, le curé. C'est aussi une sorte de "confessionnal" pour les visiteurs du cimetière dont Violette connaît tous les occupants. Chaque chapitre est précédé d'un titre que l'on imagine bien extrait d'une plaque posée par les mains de proches éplorés sur la tombe d'un être cher, par exemple : "Doux sont les souvenirs qui jamais ne se fanent " , " Il faut apprendre à donner de votre absence à ceux qui n'ont pas compris l'importance de votre présence " ou encore " Qu'ils me prennent ou qu'ils prennent les miens puisque tous les cimetières un jour font des jardins ". Rien de vraiment triste dans ce cimetière qui est le jardin de Violette autant que celui des défunts qui y reposent. Un récit alerte, au plus près de la vraie vie. Et une enquête étonnante sur la vie de Violette, des vies qui se croisent ou s'évitent. Je n'ai pas fini de lire ce livre réellement attachant, mais je l'apprécie à chaque page davantage.

Après "Les oubliés du dimanche" paru en 2015, celui-ci, paru en 2018, est le deuxième roman de Valérie Perrin, romancière mais aussi photographe de plateau et scénariste auprès de cinéastes.

Marie-Jeanne Roulière-Lambert

   

 

 

 

 

Au royaume des glaces   L'IMPOSSIBLE VOYAGE DE LA JEANNETTE

Hampton SIDES, éditions Paulson

L'histoire se passe à la fin du 19ème siècle en pleine fièvre arctique et retrace la tragique expédition américaine de la Jeannette.
Un riche héritier, patron excentrique du New York Herald et en quête de récits sensationnels, décide de financer une expédition pour atteindre le pôle Nord, une des dernières régions du globe non cartographiées.
Le commandement est confié au jeune officier de marine George De Long qui embarque le 8 juillet 1879 à San Francisco avec 33 hommes sur la Jeannette,
Le récit est très détaillé sur les préparatifs de l'expédition : récits des expéditions précédentes ayant échoué, choix du bateau, choix des hommes et de leurs disciplines, recherche de cartes hypothétiques, équipements, provisions....
Après avoir passé l'Alaska et le détroit de Béring, nous sommes aussi embarqués dans cette errance au milieu des glaces, dans ce climat hostile de l'Artique : errance dans les eaux glacées, sur la banquise pendant plus de deux ans.
Nous suivons presque au jour le jour l'équipage, nous accompagnons le commandant dans ses décisions difficiles à prendre dans ce contexte.
Le récit est plein de rebondissements et l'on se fait prendre d'autant plus qu'il s'agit d'une histoire vraie.
En parallèle de cette éprouvante épopée qui a pu être retracée à partir des journaux tenus par les hommes d'équipage, on suit également  la vie mondaine new-yorkaise de l'époque de l'après-guerre de Sécession, des découvertes du téléphone, des ampoules, du développement de la presse populaire.
 
Histoire captivante d'une aventure scientifique et surtout une très belle aventure humaine.
Chantal Berthet-Bondet
 
  

Les miroirs de la tourbière

Daniel K. Lerou, éditions L'Atelier du Grand Tétra, 2019, 150 p.

 

J’avais prévu de vous proposer l’ouvrage d’Irène Frain, Les naufragés de l’île Tromelin. Rude, dur et prenant. Mais, après avoir pris connaissance du livre décrit par Chantal Berthet-Bondet, j’ai préféré changer de monde.

Je passe donc de l’océan de glace aux miroirs d'une tourbières jurassiennes et je "consomme local".

Dans son ouvrage, Daniel K. Leroux, présente 7 nouvelles qui toutes se déroulent sur les hauteurs jurassiennes, aux alentours du Noirmont. L’auteur, fin adepte de cette campagne délaissée qui s’éteint d’elle-même dans l’indifférence de la vie moderne qui l’a étouffée (extrait de l'introduction) nous plonge dans des atmosphères où les marais de la tourbière imaginaire de la Chaux d’Ambruz jouent un rôle dominant. Brumes, odeurs, ambiance de mystères et de terres vivantes, été comme hiver, sont les décors de tranches de vies paysannes où des amours et des amitiés tiennent un rôle prépondérant.

Un ouvrage paisible, écrit avec soins et poésie, qui nous plonge dans des paysages bien de chez nous, avec une nostalgie pesée d’un temps passé où les minutes ne comptent pas, mais où la vie n’est pas toujours facile.

Cerise sur le gâteau, une impression soignée, un papier de qualité et 8 aquarelles paysagères signées par l’épouse de l’auteur, Marianne K. Leroux.

François Schifferdecker