Milieux, Êtres et Territoire de l’Arc JURAssien.
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Lectures préférées 2025

En ce jeudi 18 décembre, le cercle des lecteurs de Mêta Jura s'est reformé pour présenter et entendre ce que chacune et chacun avait retiré d'une de ses lectures au cours de l'année écoulée.

En effet, nouvelles règles : un seul livre par personne et 5 minutes pour le décrire et dire ce qu'on en pense. Ces restrictions ont conduit à des débats très vivants et on s'est félicité du déroulement de la soirée. Cela a une incidence sur ce qui suit : moins de livres présentés, donc moins de descriptions ci-dessous... d'autant plus qu'on attend toujours les commentaires de quelques retardataires...

Bonnes lectures !

 

 

 

 

 

La confrontation

Clara Dupont-Monod

Paris, éditions  Albin Michel , 2025, 160 p.

Le cadre : Emile, négociateur du GIGN doit intervenir lors d’une prise d’otages dans une école maternelle.
Emile était de permanence à la base du GIGN quand l’alerte a été donnée ; aussitôt se forme une équipe composée du négociateur Emile, du coach qui s’occupe des parents, du coordinateur qui est en contact avec la police judiciaire et du chef de section en contact avec le commandement. Les premières informations arrivent : plan, caractéristiques de l’école, profils du directeur, des enseignants, des familles, position des tireurs, traitement médical et besoins spécifiques de certains enfants. L’équipe s’installe dans la cantine.
Dans cette ambiance tendue, on sent l’équipe calme, concentrée, chacun connaît son rôle.
Mais l’information principale est que le preneur d’otages prétend être Elon Musk.
L’école maternelle, située en région parisienne, a décidé d’abolir le numérique jusqu’à l’âge de 10 ans.
Il y a 19 élèves âgés de 4 ans, réunis autour de la maîtresse dans la salle de classe, tous les rideaux sont fermés.
Emile n’a aucune vue sur le forcené, il sait que ses seules armes sont ses mots.
Le dialogue s’installe entre les 2 hommes : Emile essaye de gagner la confiance du preneur d’otages, il doit deviner ce qu’il veut, s’il est armé.
Il se trouve que Elon Musk était en France, ayant participé au salon Viva Tech, salon mondial de la tech. Il s’intéresse à ces enfants car il pense que sans technologie numérique, leur intelligence sera multipliée par 3.
La preuve pour lui : il a lancé sur X un défi absurde le « Road Challenge » dont le principe est de traverser une route les yeux fermés. Le jeu a du succès, 30000 morts. Mais cet épisode a fait grossir la haine du monde contre lui.
Pour lui, les conclusions de ce défi sont positives : les gens sont des moutons prêts à mettre en péril leur vie si quelqu’un le leur demande. Il pensait que l’IA améliorerait l’humanité, mais en réalité elle va la dévorer ; il a peur que le cérébral gagne sur l’animal.
Car ces enfants avec leur intelligence n’accepteraient pas de traverser une route les yeux fermés sans réfléchir avant.
Le dialogue se poursuit, les deux hommes s’affrontent, on sent qu’au fur et à mesure ils arrivent à se comprendre, mais Emile reste sur ces gardes. Lorsque le supérieur d’Emile veut le remplacer, le preneur d’otages menace de tout faire sauter si Emile ne revient pas.
L’équipe qui entoure Emile s’active : on ne comprend toujours pas ce que réclame le preneur d’otages, on envoie un échantillon de la voix au labo pour la comparer à celle du vrai Elon Musk, on entre en contact ave le FBI, le vrai Elon Musk est introuvable : pas de tweet, pas de trace de l’itinéraire de vol de son avion, il n’est pas reparti de France.
On interroge son ex-femme Shirley qui confirme que c’est bien lui, elle le décrit comme très sensible, il a été très affecté par son éviction du gouvernement Trump ; pour elle, il est déstabilisé et il est prêt à tout.
La pression monte dans l’entourage, autant du côté des parents, du directeur que des autorités : élus, commandant en chef, ministre qui veulent accélérer l’issue.
Finalement, le preneur d’otages est neutralisé.
Il s’ensuit un face à face visuel entre le preneur d’otage et Emile où l’on comprend les raisons du preneur d’otages.
Dans la post face du livre, l’auteur explique qu’elle s’est amusée à fabriquer une fiction, une farce mêlant des inventions et des faits réels.
C’est un roman qui nous tient en haleine jusqu’au bout, il y a beaucoup de tension, on a hâte de savoir la vérité.
C’est une désacralisation de l’IA.

Chantal Berthet-Bondet

 

Les Cellules buissonnières


L'enfant dont la mère n'était pas née et autres folles histoires du microchimérisme

Lise Barnéoud

Paris, Premier parallèle, 2023, 182 p.

 

L'autrice est une journaliste scientifique passionnée et dotée d'un certain sens de l'humour. Elle ne connaissait rien au sujet du microchimérisme mais a déjà publié un ouvrage sur le système immunitaire.
Dans le cas du microchimérisme il s'agit d'une chimère génétique, c'est à dire de cellules dotées d'une signature génétique déviante par rapport à celles des parents.
Les cellules trophoblastiques du placenta sont les premières à circuler chez la mère ; elles ouvrent des voies de passage.
En 1893, Georges Schmorl montre ces passages et découvre des cellules trophoblastiques dans les poumons des femmes.
Ce qui est étonnant est que ces cellules ne sont pas rejetées, comme pour le microbiote.
Dans l'autre sens, le fœtus reçoit des cellules maternelles.
Les hommes sont dotés de la paire de chromosomes avec les gènes XY, les femmes XX. Si bien qu'on peut trouver des cellules XY chez la femme ou XX chez l'homme.
30% des fécondations démarrent avec plusieurs embryons. Des cellules microchimériques peuvent s'installer dans un deuxième fœtus dans des proportions importantes et composer parfois l'intégralité d'un organe.
Le livre cite de nombreux cas de confusion. Par exemple, cette américaine mère de deux enfants qui fait une demande d'aide sociale conditionnée par un test de maternité. L'administration lui dit : « Vous n'êtes pas la mère de vos enfants ! »
Mais elle attendait un 3ème enfant et le test montre qu'elle partageait moins de 50% du génome de cet enfant. Ses ovaires étaient constitués de 100% de cellules issues d'une fausse jumelle fantôme.
Attention aux tests ADN !
Les cellules microchimériques pourrait être à l'origine de maladies auto-immunes. Dans d'autres cas ces cellules ont une fonction réparatrice. Elles sont attirées vers les tissus lésés et se comportent comme des cellules souches pour régénérer un organe.
Une part d'ambigüité sexuelle pourrait être expliquée par un chimérisme gémellaire avec deux embryons de sexe différent cohabitant un temps dans l'utérus.
Le livre est rédigé comme une véritable enquête. On suit un fil dans le temps (le microchimérisme est étudié depuis plus d'un siècle) et dans l'espace en suivant les progrès de différents chercheurs qui se renvoient la balle dans une sorte d'«internationale scientifique».
Le livre est émaillé aussi de quelques digressions.
Digressions sémantiques : le vocabulaire révélant la perception qu'ont les scientifiques d'un phénomène. Par exemple le système immunitaire présenté comme une armée chargée d'éliminer l'étranger alors que son action est plus subtile que ça.
Un chapitre est intitulé : les invasions barbares !
Digressions philosophiques : considérant que l'être vivant est un holobionte, c'est-à-dire un organisme biologique accueillant tous ses microbes... et ses cellules microchimériques le « je » devient « nous ». Quelques titres de chapitres vont dans ce sens : « les autres soi » ou « l'autre en soi ».
Voilà une lecture très stimulante.

Jean Berthet-Bondet

 

 

 

 

 

 

 

Fallait pas y aller !

Algérie, cette terre où je suis né à la non-violence pendant la guerre

Lucien Converset

Dole, Éditions de la Passerelle, 2025, 126 pages.

 

Lucien Converset (90 ans), prêtre, est très connu dans la région de Dole et Salins, où il est engagé dans des actions en faveur des émigrés. Jeune séminariste en 1959, il est appelé pour aller combattre en Algérie. Il y passe 2 ans et participe à toutes les opérations de « maintien de l’ordre » (terme alors utilisé pour désigner ce qui était alors une véritable guerre).
Embrigadé, il participe alors à des « opérations de maintien de l’ordre » contre les populations locales : attaques et évacuations de villages, brutalisation de populations démunies (femmes, enfants, vieillards), tortures, interrogatoires et meurtres d’otages… L’essentiel du propos consiste en de douloureux regrets pour ces actes barbares réalisés de manière plus ou moins consciente, mais qu’il considère contraires à l’enseignement chrétien.
Pour Lucien Converset, « on revient de la guerre traumatisé et blessé pour toujours, beaucoup d’entre nous n’ont pas pu en parler, car en abîmant la vie de tant de personnes, nous avons abîmé la nôtre. Jamais, en homme que je cherchais à devenir, je n’aurais dû partir faire cette guerre, et à plus forte raison en chrétien se préparant à devenir prêtre. L’Église aurait dû nous faire naître à la non-violence. Pourquoi ne nous a-t-elle pas dit qu’il ne fallait pas y aller ? Car enfin il ne fallait pas y aller ! »
Remarque du soussigné. La proposition est sympathique bien que difficile à réaliser à l’époque (car, à l’époque, passible de prison). On peut aussi faire remarquer que de nombreuses associations – non religieuses – manifestaient bruyamment à l’époque contre la guerre d’Algérie. On peut s’étonner que L. Converset n’ait pas été au fait de ces courants d’opinion et des nombreuses manifestations (défilés, conférences…) organisées alors.
Michel Campy
 
 

 

Castagne à Vers-en-Montagne

 

Constance Rameaux

Les Nans, Z4 Editions, 2025, 104 p. (collection Jura Noir)

 

C’est en travaillant avec Constance Rameaux sur la publication du livre consacré à « Agathe Coutemoine, pionnière de la photographie dans le Jura » que j’ai découvert la collection Jura Noir dirigée par Daniel Ziv.

Un auteur et un polar à fort enracinement jurassien.

 

Dans cet ouvrage, l’enquête commence avec la découverte d’un couteau à la lame tachée de brun. Sur le tissu qui le protège se lisent un plan et une inscription énigmatique. Dans ce cold case remontant à 1904 on trouve bien sûr un cadavre et l’arme du crime. Mais qui a tué ? Suspense ! On rencontre des personnages réels comme Agathe Coutemoine alors âgée de 37 ans, ses sœurs et son père. Il y a aussi deux anciens ministres, Stephen Pichon (1857- 1933), journaliste et ministre des Affaires étrangères de la IIIe République, mort à Vers-en- Montagne où il avait une propriété, et, plus étonnant à première vue, Edgar Faure (1908-1988) qui posséda une maison à Port-Lesney.

 

D’un style alerte, Constance Rameau conduit avec efficacité un récit plein de surprises. Une lecture très agréable, à l’instar d’autres récits du même auteur dans cette collection, par exemple « Du rififi au Monthury ».  

Marie-Jeanne Roulière-Lambert

 

 

 

 

Loin de chez moi

Grand reporter et fille de paysan

 

Maryse Burgot

Paris, Fayard, 2024, 312 p.

 

Vous connaissez certainement Maryse Burgot le grand reporter de France 2.
Si vous êtes curieux de connaître ce qui concerne la vie professionnelle et personnelle d’un grand reporter, ce livre est pour vous !
Fille de paysans bretons, avec trois sœurs, rien dans le milieu de Maryse ne la destinait à devenir grand reporter.
D’ailleurs, comment devient-on grand reporter ? En quoi consiste cette vie ? Comment concilier une vie loin de chez soi quand on a deux jeunes fils ?
Maryse a été envoyée, avec son équipe de tournage, dans les endroits les plus dangereux du monde, par exemple, Haïti, Kosovo, Syrie, Afghanistan, Ukraine. Un chapitre est consacré à chacune de ses missions. En l’an 2000, elle a même été prise en otage, avec son équipe, par un groupe séparatiste musulman sur l’île de Jolo aux Philippines, une prison à ciel ouvert en pleine jungle. Il lui a fallu un certain courage pour repartir après une telle expérience. Elle dit que ce serait faire trop d’honneur à ses ravisseurs que de parler d’eux devant un psychiatre à Paris.
Elle raconte une anecdote, qui apparaît en quatrième de couverture :
« Sur la route du Donbass, nous venons d’essuyer un tir d’obus. C’est un miracle que nous soyons en vie. Nous roulons, pied au plancher, pour échapper à une nouvelle attaque. Mon téléphone sonne. Il est dans la poche de mon gilet pare-balles. Impossible de ne pas répondre. C’est l’un de mes fils.
Je décroche. Il s’agit d’un problème de cuisson de riz. J’explique ma méthode. Je ne parle pas trop fort, j’ai peur que les membres de mon équipe me prennent pour une folle. Mais ce soir, le riz sera bon à la maison. »
Cette vie a nécessité un déménagement de toute sa famille à Londres pendant quatre ans et un autre aux Etats-Unis pendant cinq ans. Heureusement pour cette famille, son mari peut exercer son métier, qu’elle ne précise pas, n’importe où dans le monde. (J’ai fait des recherches : d’une grande discrétion, son mari, maintenant ex-mari, s’appelle Jonathan Halls. Il est de nationalité britannique, a travaillé pour la BBC et il est maintenant formateur indépendant.)
On peut se demander comment fait Maryse pour évacuer tout le stress causé par son métier, quand elle rentre de mission. Elle nous donne sa recette : elle se donne à fond dans le ménage et le jardinage !
Très facile à lire, ce livre est un témoignage passionnant de la vie d’un grand reporter. Je vous le recommande.
Elizabeth Meuret
 
 

 

Chute libre à Berlin


 

Peter Schneider

 Paris, Grasset, 2000, 378 p.

 

Immigré allemand installé en Californie, le biologiste Édouard Hoffmann apprend qu'il a hérité un immeuble situé à Berlin-Est.
De retour après plusieurs années d'absence, Édouard découvre une ville en chantier qu'il ne reconnaît pas. Il tente de prendre possession de son bien et s'enlise dans des situations de plus en plus absurdes. Bientôt accusé de bénéficier d'un héritage nazi, Édouard se lance à la recherche du passé familial...
 L’auteur :
Né en 1940 à Lübeck, fils d'un chef d'orchestre, animateur en 1966 du mouvement étudiant allemand avec Rudi Dutschke et Hans Magnus Enszenberger, Peter Schneider est l'un des plus brillants représentants de la littérature allemande contemporaine. Romancier (Lenz, Cet homme-là. La Ville des séparations), essayiste (Le Sable aux souliers de Baader), il est également scénariste (Le Couteau dans la tête. Les Années du mur).
 Mon avis :
Ce livre a beaucoup intéressé la germaniste que je suis.
Ce roman d’un écrivain engagé décrit avec précision un moment à Berlin après la chute du mur. Il nous révèle les difficultés spécifiques rencontrées et les turpitudes de la société allemande à cette époque.
Une fois encore une étude de la difficulté de l’Allemagne par rapport à son histoire récente.
 
Françoise Jeanne Nicod

 

 

 

 

 

 

Pourquoi les Kevin ne deviennent pas médecins

 Étienne Guertin-Tardif

 Paris, Points, 240 p. 2025

 

Saviez-vous que les joueurs de hockey professionnels naissent généralement au premier trimestre de l'année ? Qu'en milieu carcéral, les activités religieuses jouissent d'une grande popularité parmi les détenus (et seulement pendant leur période d’incarcération) ? Que pendant la pandémie de COVID-19, les taux de suicide ont connu une chute spectaculaire, au Québec comme ailleurs ?  Ou que les personnes prénommées Kevin sont moins susceptibles de faire des études en médecine que les autres ?
  
Ces faits sont établis statistiquement et donc scientifiquement par notre sociologue. Bon vulgarisateur et habile conteur, Étienne Guertin-Tardif enquête sur un ensemble de faits étonnants. Il invite le lecteur à remonter avec lui jusqu'à la source du mystère au fil des pages de ce livre qu'on ne referme pas sans se sentir un peu plus intelligent.
 
L’auteur :
Originaire du Centre-du-Québec, Étienne Guertin-Tardif a découvert la sociologie au sortir de l'adolescence. Désirant transmettre à d'autres ce qui est devenu une passion pour lui, il enseigne cette discipline. Il a publié des articles sur ses enquêtes dans les journaux québecois La Presse et Le Devoir.
 
Patrick Nicod