Milieux, Êtres et Territoire de l’Arc JURAssien.
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Une tablée de choix

 

Lectures personnelles de membres

16 décembre 2021

8 présents, 26 excusés

 

La fréquentation de ce dernier entretien de l’année a été grandement limitée par le brouillard et la neige qui ont contraint de nombreux membres à s’excuser. Le covid n'a rien arrangé... Finalement, les 8 participants en ont profité pour partager de façon assez approfondie leurs lectures de l’année. 

Les ouvrages très divers présentés ont suscité des discussions très intéressantes. On peut trouver une brève description de ces livres ci-dessous.

 

 

Lectures proposées par des membres de Mêta Jura en 2021      

 

Nous sommes tous des sang-mêlés. Manuel d’histoire de la civilisation française

Lucien Febvre et François Crouzet, Albin Michel 1950, réédité en 2012, 400 p.

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, guerre pendant laquelle avaient sévi le racisme, l’antisémitisme et la barbarie, l’UNESCO demanda au grand historien Lucien Febvre (mort en 1956 à Saint-Amour) de rédiger un ouvrage réfutant la primauté d’une race et démontrant l’origine commune et fusionnelle des civilisations. Assisté de François Crouzet, jeune agrégé d’histoire, Lucien Febvre rend son rapport en 1950 sous le titre : « Nous sommes des sang-mêlés, Manuel d’histoire de la civilisation française ». Bien reçu par l’UNESCO, ce rapport tombe rapidement dans l’oubli. 
Deux historiens contemporains (Denis et Élisabeth Crouzet) redécouvrent l’écrit, par hasard, dans les années 2005. Devant son intérêt et son actualité, ils parviennent à convaincre les éditions Albin Michel de le republier, ce qui est fait en 2012.
La France s’est progressivement créée par un constant métissage ethnique et culturel (…). Véritable défense et illustration du caractère « international » et « interdépendant » de toute nation, cet ouvrage dénonce les tentations de refus de l’autre qui ont conduit aux atrocités des conflits mondiaux du XXe siècle (…). L’historien a pour mission, scientifique et éthique, d’éliminer les ferments de haine xénophobe entretenus par l’enseignement d’une histoire trop nationaliste et d’ouvrir les esprits à l’idée d’une « fraternité universelle » qui serait l’essence-même du passé et donc du présent.
Livre singulier d’histoire engagée, promotion d’un projet de paix qui serait l’avenir de l’humanité, Nous sommes des sang-mêlés conserve toute sa pertinence aujourd’hui.

 

Michel Campy

 

Les Druides - des philosophes chez les Barbares

Jean-Louis Brunaux, Seuil, 2015, 384 p.

L’auteur commence par rappeler les différents mythes attachés aux représentations du druide depuis l’Antiquité jusqu’à notre époque, tout en rappelant les contextes historiques, culturels et géographiques correspondants. Essayant de cerner la réalité de la société gauloise à partir du 5e siècle, il examine le rôle capital de Marseille qui semble avoir été l’interface permettant l’échange des idées entre deux cultures, grecque et celte. Par contre, il pense que les relations commerciales existant depuis longtemps entre ces entités ont tenu un rôle mineur dans la circulation des connaissances.

L’émergence des druides dans la société gauloise serait à situer à la fin du 3e siècle. Dès cette époque, des contacts avérés avec des élèves de Phytagore et sans doute avec d’autres philosophes grecs, auraient nourri réciproquement une certaine conception de l’univers. Les druides ont pris progressivement de l’importance au sein du monde gaulois, leur statut de savants, moralisateurs et pédagogues s’est construit et imposé. Sages ou philosophes, ils étaient considérés comme les dépositaires de connaissances quasi-encyclopédiques : philosophie et morale, mathématiques, astronomie, géographie, connaissance de la nature avec laquelle ils vivaient dans une sorte de symbiose spirituelle… Ils avaient aussi une importante fonction de modérateurs et d’arbitres dans les frictions qui naissaient et renaissaient constamment entre les différentes tribus. Enfin, les druides veillaient également à la pérennisation de leur fonction en s’entourant de jeunes disciples qu’ils formaient durant une vingtaine d’années et avec lesquels ils partageaient très progressivement leur savoir. Seulement, ce savoir restait circonscrit à ce petit cercle d’initiés et ne bénéficiait à la communauté que par l’intercession des druides, d’où leur pouvoir. Cela pourrait peut-être expliquer que la connaissance de l’écriture n’ait pas été divulguée.

Savants, moralisateurs, pédagogues, mais pas prêtres. J.-L. Brunaux insiste sur ce point, contrairement aux nombreux historiens qui, au cours des siècles, ont voulu enfermer les druides dans cette fonction. Cette notion est vivement combattue par l’auteur qui pourfend nombre de ses confrères contemporains décrivant les druides comme des officiants de la religion gauloise.

Le déclin des druides débuta vers le milieu du 1er siècle, dû aux changements culturels et économiques apportés par l’expansion romaine. Mais comment a-t-on pu cerner leur rôle au sein de la société dans laquelle ils vivaient puisqu’ils gardaient secrète la plupart des leurs connaissances ? Plusieurs auteurs antiques les ont évoqués, le principal, le plus objectif étant Poséidonios d’Apamée, dont les écrits ont été fortement réutilisés par Cicéron et César. Ce dernier ne s’est pas intéressé à toutes les informations délivrées par Poséidonios, ne retenant que les aspects qui lui semblaient utiles.

En conclusion, cet ouvrage m’a permis découvrir le rôle important de ces personnages mystérieux dans la structuration de la société celte sur le territoire de la Gaule et de mesurer la vivacité des échanges culturels entre le monde dit barbare et la culture gréco-romaine. Bien que le sujet et son traitement soient un peu austères, j’ai pris un certain plaisir à cette lecture.

 Bernard Leroy

  

 

 

 

 

 


American Dirt

Jeanine Cummings, éd. fr. P. Rey, 2020, 544 p.

Ce roman écrit par une Américaine n’est pas passé inaperçu en plein débat sur les problèmes de l'immigration clandestine. Une Mexicaine et son fils âgé d'une dizaine d'années, menacés par les cartels, fuient la mort qui leur est promise et traversent leur pays pour se réfugier aux Etats-Unis. Un roman dur, très prenant, bien écrit, qui permet de comprendre, s'il le fallait, que tous les réfugiés en quête d'asile ne sont pas tous de simples émigrés économiques. Le chemin de la fuite est semé d'embuches, mais aussi de rencontres humaines profondes et de partages forts.

A l'heure où s'érige un mur séparant Mexique et Etats-Unis, on ne sait plus si l'on est dans un roman ou dans la réalité. L'auteur s'est documentée très sérieusement et les descriptions plongent le lecteur dans l'action. Des Mexicains scandalisés n'ont pas admis que l'on décrive ainsi leur pays et des immigrés ont crié à l’appropriation culturelle de leur histoire par une blanche américaine ! Succès grandiose aux USA.

 
Paradis perdus

Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 2020, 576 p. 

Premier tome d'une vaste fresque dont l'ambition est d'écrire une histoire romancée de l'Humanité : La traversée  des Temps. Ce premier volet, lié à des temps préhistoriques a attiré mon attention d'archéologue. Comment un auteur allait-il romancer notre lointain passé ?

L'ouvrage décrit un monde de type néolithique avec un chef de village, fils du chef précédent, confronté à la gestion d'une petite communauté villageoise et devant s'affirmer. Il va se trouver confronté à une vague gigantesque qui détruit son village et le contraint à bâtir un bâteau de fortune sur lequel il devra naviguer quelques temps. Il s'appelle Noam...

Plaisant à lire, bien renseigné, avec des aller-retours entre hier et aujourd’hui par une astuce qui donne au héros une vie éternelle.

On se trouve donc face à un vrai roman au Néolithique, et non pas à une fresque traversant toute la préhistoire. Le deuxième tome, qui vient de sortir de presse, nous situe au Proche-Orient, aux temps des premières villes, aux temps "babyloniens" avec l'érection d'une tour pour accéder aux côtés des dieux... Donc un autre épisode des temps passés.

Le roman par épisodes l'emporte de beaucoup sur l'Histoire de l'Humanité.

François Schifferdecker

 

A la recherche du temps perdu

Marcel Proust

L’une d'entre nous a évoqué son année 2021 comme une immersion dans l’œuvre de Marcel Proust dont on fêtera en 2022 le centenaire de la mort : « J’en bave mais je me régale en même temps ». Outre « La recherche du temps perdu », la publication par Gallimard en 2021 d’un inédit « Les Soixante-Quinze Feuillets », il faut aussi se plonger dans les relations de Marcel Proust et sa gouvernante Céleste Albaret décrites par Jocelyne Sauvard (Le Rocher 2021) ou directement par Céleste Albaret (« En attendant Monsieur Proust », Robert Laffont, 1973).

Premier sang

Amélie Nothomb, Albin Michel, 2021, 180 p.

À noter aussi le dernier roman d’Amélie Nothomb. Très beau livre, policier semi-autobiographique, dans lequel se passe réellement quelque chose du domaine de l’affectif.

Françoise Jeanne Nicod

 
   

 

  

L'autre vie d'Orwell

Jean-Pierre Martin, Gallimard, 2013, 160 p.

Les petites fugues ont permis à l’un d’entre nous de découvrir Jean-Pierre Martin, homme d’une grande qualité humaine et d’une grande sensibilité. Ecrivain, essayiste, professeur émérite de littérature contemporaine à l'université Lumière Lyon 2, il décrit dans « L’autre vie d’Orwell » les dernières années de la vie de George Orwell, accompagné de son fils adoptif, dans l’île de Jura au nord-ouest de l’Ecosse, où il écrivit « 1984 ». Un très beau livre, très documenté.

Kukum

Michel Jean, éd. Dépaysage, 2019, 296 p.

Paru en 2019, « Kukum » du journaliste d’origine innu Michel Jean raconte l’histoire d’une famille passée en quelques générations des chasseurs-cueilleurs à la civilisation anglaise, de la transhumance sur des centaines de km aux voyages en train. C’est la fin du mode de vie traditionnel des peuples nomades du nord-est de l'Amérique et les conséquences, encore actuelles, de la sédentarisation forcée ou du génocide culturel du peuple Innu. L’homme n’est progressivement plus inclus dans la nature…

Alain Bouvier

 

Sapiens, une brève histoire de l'humanité

Yuval Noah Harari, Albin Michel, 2015, 512 p.

Ce docteur en histoire diplômé de l’université d’Oxford est l’auteur de « Sapiens : une brève histoire de l’humanité », publié en hébreu en 2011, en anglais en 2014 et enfin en français par Albin Michel. Le livre propose une vue d’ensemble de l’histoire de l’humanité et de son évolution depuis le début du Pléistocène supérieur jusqu’au XXIe siècle. Selon l’auteur, l’homme, qui est responsable de la destruction de la grande faune, était plus libre, plus heureux, avant la sédentarisation.

Guy Bernard

 

 

Le monde sans fin

Jean-Marc Jancovici (scénario) et Christophe Blain (dessin), Dargaud, 2021,196 p.

Dans cette formidable bande dessinée « Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique », les thèses de Jean-Marc Jancovici sont illustrées par Christophe Blain qui joue le rôle d’un candide. Intelligent, limpide, non dénué d'humour, cet ouvrage explique sous forme de chapitres les changements profonds que notre planète vit actuellement et quelles conséquences, déjà observées, ces changements parfois radicaux signifient. Cet ouvrage est une performance qui invite à la réflexion sur des sujets telle la transition énergétique.

Hélène Lacroix

 

La vestale

Auguste Bailly, A. Fayard, 1925, 288 p.
 « La Vestale », de l’auteur d’origine grandvallière Auguste Bailly, rappelle les textes sombres et âpres de l’écrivain suisse Charles-Ferdinand Ramuz. Tous deux décrivent la vie rude de paysans attachés à leur terre. Ici, la terre doit absolument rester dans la famille et… tous les moyens sont bons. Il se dit que ce roman serait inspiré d’une histoire vraie du Grandvaux.

Mohican

Eric Fottorino, Gallimard, 2021, 288 p.

Toujours l’attachement à la terre avec « Mohican ». Un roman qui relate la vie d’une famille de paysans dans un Jura à la fois rude et majestueux dont on sent que les paysages ont inspiré l’auteur. Entre illusions de la modernité (ici celles apportées par les éoliennes) et enracinement dans une terre que le plus jeune veut ménager, un monde refuse de mourir. Très bien écrit, ce roman est aussi une source de réflexion sur la question des énergies renouvelables, dans le Jura comme ailleurs.
 
Marie-Jeanne Roulière-Lambert